Un jour dans la vie d'une famille Gazaoui XI
afoune | 15 février, 2010 09:05
À l'heure dite, Okba quitta notre modeste maison avec l'apparence d'un homme neuf. Moi et sa sœur, on levèrent nos mains vers le ciel, priant Allah pour qu'Il fasse aboutir ses efforts et puisse décrocher enfin un travail stable en ces temps très tourmentés. Nous avions confiance en notre Créateur.
Je regardai sa silhouette de loin avec l'envie de le rattraper et l'accompagner dans son premier pas vers la vie active. Okba était si jeune, 16 ans et charger d'assumer la responsabilité de subvenir aux besoins de ses frères et sœurs. Cela me pesait, lui qui était si intelligent en classe, le voir loin des bancs de l'école me déchirait le cœur. Surtout que son père défunt voulait voir son fils médecin.
Mais voilà nous appartenons à un peuple chassé de sa terre, la Palestine. Notre Histoire est faite de douleur, de résistance de trahison, de combat fratricide et après 60 ans d'exil forcé nous sommes là à payer les erreurs de calcul des uns et la bonne volonté de quelques uns qui voulaient vraiment une solution juste à tout cela et qui se sont retrouvés une fois élus légalement : « paria ».
En retournant vers la maison, je vis le visage de Selma tourné vers la direction d'où avait disparu son frère aîné, une expression pénible sur les traits.
- Qu'as-tu Selma ? Je l'interrogeais.
- Je suis sûre que Dieu aime Okba et qu'Il va l'honorer en lui destinant ce travail mais maman j'étais en train de me demander dans la vie que nous menons aujourd'hui, peut-on espérer qu'une chose dure ?- Je crois ma chère enfant que quoique il adviendra, Dieu ne nous abandonnera jamais ! Ce sont ses créatures qui nous ont abandonnés comme le font d'ailleurs nos frères arabes, musulmans et surtout les égyptiens. Lui ai-je répondu.
Je ne voulais pas dire à ma fille que rien absolument rien ne perdurait, que notre vie soit normale ou celle que nous vivons malgré nous aujourd'hui tout pouvait être bouleversé le temps d'un tsunami, d'un bombardement surprise, d'une inondation, d'une mort subite avec un arrêt cardiaque. Pratiquement rien n'arrêtait le cours du Destin, quand Dieu décrète c'est le destin qui prend son cours inéluctablement.
La journée nous parut longue, dans l'attente du retour de Okba mais les enfants très excités à l'idée que le lendemain, ils allaient prendre la route du camp de Jebalia, tournait autour de moi comme des abeilles :
- Est-ce vrai maman, nous allons enfin prendre un bain comme tous les humains ?
- Oui, je leur répondai, le sourire aux lèvres.
J'avais Abdel Raouf douze ans qui faisait grise mine. Il était le seul à fréquentait l'école et il ne pouvait être de la partie demain.