Un blog qui donne la parole à l'écrivain et à l'être humain. Un moyen de faire parvenir des opinions et des vérités pas toujours reconnus comme tels.
afoune | 16 juin, 2010 19:54
- Je travaille dans un collège dans la bibliothèque, classant les livres et les prêtant aux écoliers et imagine maman, la directrice m’a dit qu’elle allait faire tout son possible pour que je puisse poursuivre en même temps mes études ! Tu peux dire que ton fils Okba est le conservateur de la bibliothèque du collège Salah Eddine.
Ecoutant mon ainé, je remerciai chaudement Dieu en mon for intérieur. Poursuivant, il dit :
- Je suis bien rétribué ma chère maman et dés aujourd’hui il m’ont donné l’équivalent de 25 dollars un avancement.
- Je voudrais que tu me conduises au monsieur qui t’a trouvé ce poste, je dois le remercier mon fils, ai-je déclaré très émue en recevant l’argent de ses mains.
Ce soir-là je pris à part Salma pour lui parler.
Salma me regarda l’air interrogateur en me voyant revenir vers elle après que j’ai mis le repas de Okba devant lui.
- Ecoute ma fille, j’ai à te confier certaines choses et tu dois me promettre de prendre mes instructions au sérieux.
- Bien sûr mama, fit d’emblée la jeune adolescente, en s’asseyant près de moi.
Voyant les enfants entourant leur frère aîné, je baissais la voix et je déclarai :
- Salma, nous sommes croyants et la mort peut survenir à tout moment, par une maladie comme par l’entremise d’un obus israélien n’est-ce pas ?
- Oui, maman.
- Bien, pour cela je voudrais que, au cas où dans les jours à venir ou disons dans le futur, quelque chose de fâcheux m’arrive. Tu dois prendre soin de tes frères et sœurs.
J’eu un serrement de cœur, Salma à ces paroles avait porté sa main à sa bouche étouffant un sanglot. Spontanément, elle m’étreignit : « Ô Maman ne dis pas cela, tu survivras et tu verras tes petits-enfants in Châa Allah. » Je fis le ton apaisant :
- Rassure-toi, je tiens à la vie et je ferai tout pour pouvoir vous voir mariés et réussir vos vies mais je te dis cela par précaution parce que on ne sait jamais avec le destin, Dieu seul sait Salma.
Ma pauvre fille fit un grand effort pour sourire et prit mes mains dans les siennes :
- J’ai compris maman et je te fais le serment de tenir ma parole et de veiller sur mes frères et sœurs. Qu'Allah nous garde tous vivants In Châa Allah.
Je hochai la tête satisfaite et fière de son courage, je la pris longuement dans mes bras, mon esprit était déjà à demain. Au petit jour le cadet de mes fils souffrit d’une diarrhée subite, je dus reporter notre départ pour le camp de Jébalia d’une journée. Les enfants protestèrent mais je ne pouvais pas laisser derrière nous leur frère malade.
Nous n’avions pas de riz à la maison, pas de médicaments, non plus je dû avoir recours aux herbes que ma belle-mère m’avait apporté dans une de ces dernières visite. J’en fis une tisane et je la donna au petit Hassan. À son goût amer, il fit une grimace.
Je passais la matinée à observer son état qui s’améliora un temps puis empira dans les heures qui suivirent. Je le pris avec Abdel Raouf qui avait lui aussi un commencement de diarrhée pour les emmener au dispensaire situé à moins de huit cent mètre de notre maison. Là, c’était la désolation, le médecin les examina et me fit grise mine :
- Une diarrhée aigue qui est dû à quelque chose qu'ils ont dû absorbé par mégarde, êtes-vous sûre qu'ils n'ont rien mangé ou bu de suspect ?
- Comment vous l'assurer docteur, avec l'eau que nous prenons d'une grande mare à une grande distance de chez nous ? Fit-je l'air accablée.
- Où se trouve cette mare au juste ?
Je lui décrivit l'emplacement exacte, le médecin hocha lourdement la tête :
- Je vais vous donner une adresse, ils vous fourniront au moins là de l'eau propre à boire, c'est loin mais il le faut, vous n'avez pas le choix madame.
- J'irais où vous voulez docteur, fasse que nous buvons une eau propre ! Est-ce que je peux communiquer cette adresse à mes voisins ?
- Bien sûr !
- Pour l’ordonnance, croyez-vous que je trouverai ce médicament ?
- Espérons-le, s’il était dans notre pharmacie interne je vous l’aurais donné volontiers, mais tout est en train de s’épuiser. Cherchez auprès des pharmacies du coin sinon allez à la pharmacie de l'hôpital de Gaza city, ils vous les donneront gratis. Ils sont fournis régulièrement grâce aux dons de médicaments des volontaires étrangers qui entrent de temps en temps à Gaza.
Je le remerciai sincèrement et je rentrai avec Hassan et Abdel Raouf les laissant aux soins de Salma tout en la prévenant pour l'eau, je repartis ensuite à la recherche du médicament.
Au bout de quatre pharmacies, je trouvai le médicament et je revenais exténuée mais toute heureuse à la maison. Je l’avais acheté avec une partie de l’argent que m’avait rapporté Okba la veille au soir.
Dés mon retour, je demandai à Salma de faire bouillir pour la deuxième fois l’eau et je leuri donna à boire deux sachets chacun pour faire arrêter la diarrhée. Tout pâle, Hassan reposait sur son lit, refusant d’avaler quoi que ce soit. Le docteur lui avait recommandé du liquide pour au moins 24 h, le temps que son mal s’estompe, pour Abdel Raouf sa guérison fut plus prompte. Je les surveillai toute la nuit, le lendemain matin, Dieu merci la diarrhée de Hassan avait pris fin.
Je demandais à leurs frère et soeur de patienter un jour encore, pour que Hassan surtout puisse reprendre des forces et nous accompagner, ils acceptèrent volontiers. Aujourd’hui c’est la fin de la trêve, les forces de l’ordre avaient redoublés de vigilance et Okba en rentrant le soir nous apprit que les gens de l’administration de son collège disaient qu’on ne pouvait faire confiance à l’ennemi surtout que le mouvement des katiouchas et des fusées de fabrication artisanal des résistants avaient recommencé à nouveau leur envol vers l’autre côté.
En faisant dormir les petits, je dorlotai longuement. Farida ma deuxième fille 9 ans, elle avait écouté le récit de son frère aîné et elle trouvait du mal à s’endormir :
- Maman me demanda t-elle tout à coup, tu nous as dit hier que tout cela prendra fin un jour.
- Oui, Farida ma chérie.
- Serons-nous là pour vivre libre maman ?
Désarmée par cette question, je lui tapotai sur l’épaule pendant un moment puis je lui assurai :
- Oui mon enfant, avec l’aide de Dieu on vivra ce moment.
Les paupières de mon enfant se refermèrent sur cette affirmation prononcée sur un ton le voulant affermi. Au fond de moi je sais que le jour de la libération de la Palestine je ne le verrai jamais, peut-être mes enfants ou leurs petits enfants pas moi. Oh non surtout pas de mon vivant ! Il y a trop de haine, de trahison, de complot, de mauvaise volonté et de lâcheté et la liberté ne peut venir avec de tels maux. »
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