Ouneiba l'Ecrivain

Un blog qui donne la parole à l'écrivain et à l'être humain. Un moyen de faire parvenir des opinions et des vérités pas toujours reconnus comme tels.

Epilogue de "Un jour dans la vie d'une famille Gazaoui"

afoune | 25 juillet, 2010 12:14

 
« Maintenant c’est moi Selma qui parle : nous sommes le 14 mars 2009 je suis avec Okba et Abdel Raouf les seuls survivants de notre famille, maman et mes trois frères sont morts à Jebalia ayant sauté sur des mines semés par l’ennemi à la veille de son agression militaire appelé « Plomb durci. »
Leurs corps pulvérisés n’ont pas eu droits à une sépulture et on n’a pas pu approcher de la zone où ils sont morts et pour cause les tanks israéliens mitraillaient invariablement toute ombre qui bougeait dans un périmètre d'un kilomètre et demi. Ce n’est que depuis deux semaines que moi et Okba on a pu y aller avec le Croissant Rouge Palestinien et des volontaires étrangers, je regardai le bord de la route à la recherche de quelque chose d’un morceau de tissu déchiré, d’un bout de soulier, rien !
Absolument rien ne subsiste d’eux ! Maman est morte, Hassan est mort, Farida est morte et  notre benjamin Radhi est mort.
Ils étaient partis pour ce malheureux bain, la guerre survint et bloqué au camp de Jebalia pendant des jours et des jours, ils crurent profiter d’une très courte accalmie pour nous revenir.

J’imagine l’inquiétude de maman coupée complètement de moi Okba et Abdel Raouf mais l’ennemi en a voulu autrement, il avait miné les sorties du camp de réfugié de Jebalia signant ainsi l’acte de leurs morts.
Le texte écrit de la main de ma mère étaient des impressions, qu’elle notait de temps en temps « une manière d’écrire l’Histoire » comme elle me le disait avec son sourire si courageux, c’était aussi une manière de coucher noir sur blanc ses angoisses et ses appréhensions. J’ai donnée la dernière partie de ce texte à publier dans l’espoir qu’il soit lu, le simple fait qu’il soit lu, rehausse toute sa vie d’une signification particulière car par delà la mort maman a apporté son témoignage, le témoignage d’une mère qui n’avait qu’un souci, de protéger sa progéniture contre la figure hideuse de la méchanceté. 
Nous sommes toujours sous blocus, moi et mes deux frères nous sommes toujours sous le choc de notre perte mais il y a Dieu et au jour du jugement justice sera faite, parce que pardonnez-moi je ne crois plus à la justice des humains. »

Signé Salma Qadhi
Le 5-05-09
Quartier Nouarra, Gaza-est, Palestine.

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